Prendre de la hauteur

Après avoir enfin compris où j’avais atterrie, j’ai cherché à retrouver mon mari.
La chose faite, je me suis dit que le meilleur moyen d’attirer son attention était de lui chier dessus.
Vous ne pouvez pas savoir comme tout cela est ardu quand vous êtes une mouette.

Vincent Cardona

Au coin de ce qui ressemble à du feu

L’histoire se déroulerait dans une petite maison au milieu des bois, que nous appellerons auberge.
Le temps serait bon, c’est à dire qu’il n’y aurait pas de nuages, l’air serait clair, respirable, on pourrait choisir de faire un tour en barque – c’est un genre de petit bateau – ou de partir à la cueillette, je veux dire aller chercher des framboises, de la menthe, qui poussent en totale autonomie.
C’est une bonne histoire, je l’ai déjà en tête, mais il faut que les gens y croient ; on ne rêve plus beaucoup à cent mètres sous la terre.

Sarah Beaulieu

Une histoire sous la terre

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Carnage

Épuisés par le voyage, nous avons cherché de la nourriture.
Nous avons ramené des proies faciles, visiblement peu habituées à l’exercice de la chasse, dont la chair rare et molle nous répugnait.
Avant la mise à mort, l’une d’entre elles a ouvert la bouche, et je crois qu’elle a demandé si quelqu’un parlait le français.

Sarah Beaulieu

La main dans la grotte

Il ne lui avait jamais demandé pourquoi ils devaient faire ces dessins.
Elle lui répondit avec un sourire, comme si elle attendait depuis longtemps sa question : « pour que les enfants de nos enfants sachent que nous n’étions pas des bêtes ».
En sortant de la grotte ce soir-là, il eut la vision de la vallée ravagée par le feu.

Vincent Cardona

Vidée

Dans la splendeur de l’hiver, sa silhouette errante faisait une tache vilaine.
Elle courait dans la forêt en se couvrant les yeux, incapable de pleurer, consciente de la fin qui approchait, de la blessure béante, comme une porte ouverte dans sa poitrine.
On la retrouva allongée entre deux arbres morts, tombée raide au milieu de sa course, la bouche dans la neige, ses batteries déchargées.

Sarah Beaulieu

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Moi et l’autre

On se dévisageait depuis de longues heures, lui et moi, sans oser parler, et je ne trouvais plus d’échappatoire.
Profondément mal à l’aise, sans comprendre pourquoi, je le frappai violemment au visage.
La glace se brisa.

Sarah Beaulieu